Sommaire

    Après avoir exploré les enjeux liés à la data RH à l’ère de l’IA, une question essentielle demeure : comment passer de l’intention à l’action ?
    Pour les directions RH, il s’agit d’entrer dans une phase plus opérationnelle : construire des indicateurs RH fiables, utiles et adaptés à la transformation numérique et culturelle en cours. 

    C’est précisément ce que la table ronde « RH + data : amour ou dépendance ? », organisée lors de l’événement Septeo Future Insights, a permis de mettre en lumière : au-delà de la prise de conscience, les organisations doivent se doter d’un système d’indicateurs RH solide pour réellement tirer parti de l’IA. 

    Dans cet article, nous vous proposons un plan d’action concret pour construire des indicateurs RH pertinents. 

    Indicateurs RH : des indispensables pour tirer parti de l’IA 

    L’IA ouvre la voie à des analyses plus rapides, plus fines et plus prédictives des dynamiques humaines. Mais pour produire des insights réellement exploitables, elle doit s’appuyer sur des éléments de mesure clairs, cohérents et interprétables. C’est tout l’enjeu des indicateurs RH.

    Qu’est-ce qu’un indicateur RH ? 

    Un indicateur RH est une mesure structurée, fondée sur une définition précise et des règles de calcul stables. Il permet de suivre et piloter un phénomène lié aux ressources humaines : taux d’absentéisme, turnover, délai de recrutement, etc.
    Contrairement à une donnée brute, un indicateur apporte une lecture commune, comparable et exploitable dans le temps. 

    Pourquoi l’IA a-t-elle absolument besoin d’indicateurs RH fiables ? 

    Parce que l’IA ne corrige pas les imprécisions : elle les reproduit. Si un indicateur est mal défini ou calculé différemment selon les équipes, l’IA produira inévitablement des analyses incohérentes. À l’inverse, lorsque les indicateurs RH sont bien cadrés, l’IA peut détecter des signaux faibles, établir des liens entre diverses sources de données, identifier des tendances et formuler des prédictions pertinentes. 

    En résumé : l’IA ne peut analyser correctement que ce que l’entreprise a d’abord clarifié. Les indicateurs RH constituent donc la première brique, indispensable à toute démarche de pilotage intelligent. 

    Comment construire des indicateurs RH fiables ? 

    Définir des indicateurs est un projet RH qui peut facilement se transformer en chantier. Les experts réunis lors de la table ronde Septeo Future Insights ont mis en évidence deux étapes essentielles : définir précisément ce que l’on mesure et s’assurer de la pérennité de ce que l’on mesure. 

    Définir précisément chaque indicateur RH 

    Un même terme peut recouvrir des réalités très différentes d’une équipe à l’autre. L’absentéisme, par exemple, peut ou non inclure certains types d’absence. 

    Comme le souligne Sylvain Grande : 

     

    « Chacun peut avoir sa propre définition de l’absentéisme. Faut-il, par exemple, inclure ou non les congés liés à la parentalité ? Selon la définition retenue, on peut voir apparaître des écarts importants entre hommes et femmes dans certaines entreprises. Ecarts qui disparaissent aussitôt si l’on exclut la variable “journée enfant malade”. D’où l’importance de vraiment entrer dans le détail de chaque indicateur. »

     

    De la même manière, l’indicateur lié au turnover nécessite que l’on précise si l’on intègre les départs à l’initiative de l’employeur ou uniquement les départs volontaires, et l’indicateur sur le délai de recrutement que l’on spécifie si celui-ci démarre au moment de la demande de recrutement ou à la publication de l’offre.
     

    Définir un indicateur RH, nécessite donc : 

    • d’expliciter précisément ce qu’il mesure, 
    • de clarifier son périmètre et ses exceptions, 
    • de documenter les règles de gestion, 
    • de s’assurer que les données sources permettent de le calculer correctement. 

    Un indicateur bien défini devient une brique stable, lisible et exploitable par l’IA, qui peut alors analyser sans ambiguïté. 

    Standardiser les règles de calcul des indicateurs RH  

    Une bonne définition ne suffit pas : encore faut-il que l’indicateur soit calculé de la même manière partout. C’est ici que de nombreuses organisations rencontrent des obstacles : calculs divergents selon les équipes, nomenclatures incohérentes, données stockées sous des formats différents ou mises à jour à des moments différents. 

    Les intervenants de la table ronde sont unanimes : la fiabilité des indicateurs dépend directement de ce travail de structuration invisible, mais essentiel, qui implique :  

    • une règle de calcul unique et documentée, 
    • des unités et formats harmonisés, 
    • des champs nommés de manière cohérente, 
    • des processus de mise à jour réguliers et synchronisés. 

    C’est ce socle méthodologique qui permet aux entreprises de passer d’un “suivi des chiffres” à un pilotage structuré, puis à une analyse intelligente, éventuellement assistée par l’IA. 

    Comment identifier les indicateurs RH les plus pertinents ? 

    Un indicateur RH n’a de valeur que s’il éclaire l’impact humain sur l’activité. Absentéisme, turnover ou délai de recrutement ne sont pas de simples chiffres : ce sont des signaux qui influencent la performance, la qualité de service et la capacité d’exécution. L’enjeu est donc moins de multiplier les KPIs que de sélectionner ceux qui aident réellement à piloter. 

    Choisir des indicateurs RH vraiment actionnables 

    Un bon indicateur est un indicateur qui sert à décider. Il doit permettre de comprendre une situation, d’agir ou d’anticiper une évolution. C’est pourquoi les organisations s’appuient souvent sur des indicateurs qui apportent une lecture concrète des dynamiques humaines, tels que : 

    • l’engagement : absentéisme, turnover, 
    • l’efficacité du recrutement : délai, taux de départ à 6 mois, 
    • la stabilité des équipes : mobilité interne, départs non anticipés, 
    • l’attractivité : avis Glassdoor, taux de recommandation. 

    Ces indicateurs RH, déjà révélateurs lorsqu’ils sont analysés au niveau de l’entreprise, prennent encore plus de sens lorsqu’ils sont transposés au niveau des équipes. Ils peuvent alors guider certaines décisions managériales (ajuster l’organisation ou agir sur des facteurs de risque par exemple). 

    Connecter les indicateurs RH aux données d’activité 

    Un indicateur RH aussi pertinent qu’il soit, ne raconte jamais toute l’histoire à lui seul. Pour en comprendre l’origine (et demain, en prévoir l’évolution), il faut le mettre en regard des données opérationnelles et métier : charge commerciale, volume de tickets support, saisonnalité, cadence des projets… 

    Comme le souligne Sylvain Grande : « Le nombre de calls ou de tickets support, ce sont des données explicatives, prédictives, pourtant elles ne sont pas dans les outils RH. »  

    Ce croisement entre les indicateurs RH et business est indispensable pour : 

    • expliquer pourquoi un indicateur évolue, 
    • identifier des zones de surcharge ou de sous-effectifs, 
    • repérer des schémas récurrents invisibles en lecture RH seule, 
    • préparer une analyse prédictive solide et contextualisée. 

    En reliant les indicateurs RH aux données d’activité, l’entreprise obtient une lecture complète de ses dynamiques humaines, un prérequis essentiel pour tirer parti de l’IA. 

    Assurer l’adoption des indicateurs RH : entre accompagnement et gouvernance 

    Même bien définis et parfaitement construits, les indicateurs RH ne créent de la valeur que s’ils sont correctement utilisés. Leur adoption par les équipes RH, les managers et la direction est donc un enjeu central. 

    La table ronde Septeo Future Insights l’a montré : la réussite ne repose pas uniquement sur la technique, mais sur l’appropriation des indicateurs RH par tous. 

    Faire monter en compétence les équipes RH et les managers 

    Pour qu’un indicateur devienne un outil de pilotage, encore faut-il que les équipes sachent le lire et l’utiliser. Cela implique de développer une véritable acculturation data : comprendre la logique des systèmes, la manière dont les outils calculent, et les limites éventuelles des données. 

    Comme le souligne Sylvain Grande, cette compréhension est un prérequis essentiel : 

    « Les fonctions RH doivent encore mieux comprendre la data… mais quand on dit data, c’est aussi comprendre les systèmes qui la composent. Chez Payfit, nous avons mis en place des workshops qui permettent de relier chaque indicateur à des cas d’usage réels, ce qui renforce son adoption et sa compréhension. »  

    L’enjeu n’est pas de transformer les RH en data analysts, mais de leur donner les clés pour : 

    • interpréter correctement les variations d’un indicateur, 
    • identifier une anomalie ou une incohérence, 
    • dialoguer avec les équipes data ou IT, 
    • utiliser les indicateurs comme supports de décision. 

    Industrialiser les indicateurs RH pour garantir leur fiabilité et leur accessibilité 

    Une fois les indicateurs définis et compris, encore faut-il qu’ils soient produits de manière régulière, fiable et sans retraitement manuel. L’industrialisation est la condition pour que les équipes consultent les indicateurs avec confiance et constance. 

    Comme l’explique Juliette Martin-Châtenet, l’automatisation est un facteur clé d’adoption : 

     

    « Depuis que nous avons adopté une approche data-driven et travaillé sur nos indicateurs RH, tout sort automatiquement, ou presque. Nous parvenons désormais à cadencer la production des indicateurs chaque mois, une fois la paie clôturée, avec les mêmes données et le même dashboard. Nous avons vraiment industrialisé et standardisé notre approche de la data. Cela nous fait gagner un temps considérable et permet de donner de la visibilité, dès les quinze premiers jours, à l’ensemble de nos directeurs. » 

     

    À l’inverse, les promesses d’outils “magiques” sont trompeuses. Comme le rappelle Sylvain Grande : « Les dashboards en un clic, ça n’existe pas. Il faut travailler la data en amont. »  

    L’industrialisation repose donc sur : 

    • des règles de calcul standardisées, 
    • une taxonomie cohérente, 
    • des processus de mise à jour synchronisés, 
    • et un outillage fiable (SIRH, BI, connecteurs entre systèmes). 

    Enfin, une gouvernance claire garantit la pérennité du système d’indicateurs : qui les met à jour, qui les valide, qui les interprète, et comment ils évoluent dans le temps. 

    A retenir

    La construction d’indicateurs RH fiables n’est plus un exercice technique réservé aux spécialistes de la donnée : c’est devenu un levier stratégique pour comprendre les dynamiques humaines, piloter l’activité et préparer l’entreprise à tirer pleinement parti de l’IA.
    Définir, standardiser et contextualiser les indicateurs, puis les rendre accessibles et adoptés par les équipes, constitue aujourd’hui la condition indispensable pour passer d’un suivi administratif à un pilotage réellement intelligent. 

    Les échanges qui ont eu lieu lors de l’événement Septeo Future Insights l’ont montré : les organisations qui maîtrisent leurs indicateurs RH sont celles qui avancent le plus vite dans l’exploitation de leurs données et dans l’intégration de l’IA dans leurs processus. Elles gagnent en réactivité, en efficacité et en capacité d’anticipation.